Musée - Ville de Volvic

L'œuvre du mois de septembre 2020

25 sep

Le minéral pour racine

La carrière silencieuse
Marcel Sahut
Huile sur toile
1960

 « Ma vie est une rencontre permanente avec la pierre… mais ce fut inconscient »[1], telle était la façon dont Marcel Sahut définissait, à la fin de sa vie, son lien avec le minéral.

Car si dès son enfance Marcel Sahut commence à peindre sur des cailloux, il n’a ensuite pas utilisé la pierre comme matériau artistique. Toutefois, si le minéral n’a pas été le support de son œuvre il en a été bien souvent le sujet pour enfin en devenir l’écrin, dans ce musée construit en pierre de Volvic.

Le minéral est fortement lié aux origines de Marcel Sahut, la pierre est le matériau que ses ancêtres ont travaillé toutes leurs vies : son grand-père en tant que tailleur de pierre à Moulet, et son père qui a lui aussi travaillé la pierre de Volvic avant de rejoindre Grenoble en tant que carrier à l’Échaillon. Issu de cette lignée, il n’est pas étonnant de voir l’œuvre de Marcel Sahut se composer d’un grand nombre de paysages minéraux. Nous pouvons y voir une forme d’hommage rendu à ses aïeux dans ses représentations de carrières, car même si les personnages ne sont pas présents ils transparaissent via les traces laissées par les carriers.

C’est le cas de cette toile que nous sélectionnons comme œuvre du mois, où seul le chaos laissé par le travail de la pierre est visible. Le désordre et les lignes géométriques de la carrière contrastent avec l’absence d’êtres humains. Humains qui ont tellement façonné le lieu que leur présence en devient inutile, elle transparait par leurs actions.

Si Marcel Sahut est surtout connu pour l’utilisation de couleurs vives dans ses toiles, La carrière silencieuse est pourtant représentative d’une partie de son œuvre que l’on pourrait appeler « période blanche ». Hormis une maigre ligne ocre pâle représentant un plateau, le blanc marié au bleu domine toute la toile. Le ciel reprend les mêmes couleurs que la carrière et pourrait se fondre dans l’ensemble s’il n’était pas séparé par le plateau.

C’est en découvrant des paysages espagnols composés de calcaires et de silices que commence cette « période blanche ».  Avec le blanc, il fait de la toile la source de la lumière et non plus seulement un support réfléchissant la lumière. C’est dans le sud de la France, dans le massif de Marseillveyre où les calcaires blancs restituent en permanence la lumière, qu’il trouve l’inspiration pour nombreuses de ses toiles blanches. Nous ne connaissons pas le lieu représenté sur cette peinture mais il est probable qu’il s’agisse d’une carrière de calcaire du sud.

Marcel Sahut peut être défini comme un peintre de lumière, et comme il le disait lui-même « la lumière doit être la matière première du peintre »[2]. Il sait créer cette lumière qui semble jaillir des falaises de la carrière, d’un blanc presque pur, souligné par des lignes horizontales. Cette luminosité est mise en avant par les deux parties horizontales qui l’entourent : au premier plan les blocs de pierre qui forment une vague plus sombre, et au-dessus le ciel menaçant.

L’installation d’une vitrine comportant des outils de tailleurs de pierres dans le musée était une condition de l’acte de donation des collections Sahut à la ville de Volvic, ce qui illustre une fois encore l’attachement de cet homme à ce matériau. Il serait sans nul doute aujourd’hui heureux de constater que ses créations tant influencées par ses racines continuent de vivre dans un écrin qui leur était destiné et d’un musée qui porte l’ambition de valoriser l’objet pierre.